Morran Ben Lahcen fait partie de l’avant-garde des artistes contemporains. Né près de Marrakech, vivant près de Rabat, il reste attaché à ses racines marocaines sans pourtant s’y enferrer.

 

Autodidacte, il se fraie d’abord un chemin dans le paysage artistique au gré du street art. C’est le succès, la reconnaissance. Cependant, Morran Ben Lahcen a envie d’explorer d’autres terres, refusant là encore de se retrouver estampillé seulement « graffeur » alors que son génie créateur le pousse ailleurs. La déchirure que constitue la perte de ses parents - son père en 2008 puis sa mère en 2015 - est le détonateur: il est temps de changer de v[o]ie et de se donner à un art plus en harmonie avec l’homme qu’il est devenu, un art plus intime, plus exigeant aussi. La mémoire et ses variations, ses enchevêtre-ments, la perception et/ou l’appréhension du

temps, la communication, la connexion entre les êtres et en l’être... sont autant de sujets de réflexion qui nourrissent ses oeuvres, depuis leur conception, leur composition, jusqu’au matériau utilisé, qu’il s’agisse de laine ou de corne par exemple. On peut y voir, à raison sans doute, l’influence de son vécu : l’obsession du temps à retrouver, de souvenirs à entretenir pour que demeurent visages et voix... On doit y lire aussi, et surtout, l’intérêt d’un citoyen pour le monde qui l’entoure car il s’agit bien là de sujets qui lui/nous sont contemporains : la mémoire des peuples qui se déplacent au risque de se perdre, la connexion intrusive, le temps que l’on cherche à déjouer par la médecine, le cinéma...

 

Toutes ces dimensions sont à l’origine de l’abstraction des oeuvres de Morran BEN LAHCEN. La figuration serait d’ailleurs incapable de rendre la richesse du questionnement de notre artiste, son bouillonnement plutôt, l’instantanéité plurielle des idées qui l’assaillent. Ses oeuvres nous transmettent ainsi, par ce parti pris esthétique, les vibrations qui l’animent.

 

Sylvain Huard.