1-54 Contemporary Art Fair Marrekech 2026
La surface comme espace de relation
La sélection présentée par la galerie à 1-54 Marrakech réunit des artistes dont les pratiques interrogent la surface non comme un simple support, mais comme un espace actif de relation, de mémoire et de résistance. Peinture, textile et pratiques hybrides y sont envisagés comme des langages à part entière, capables de rendre visibles les formes de coexistence, de vulnérabilité et de transformation qui traversent le monde contemporain.
Au cœur de cette proposition, le travail de Samuel Nnorom déploie une réflexion structurante sur le tissu social. À partir de textiles Ankara récupérés, noués, cousus et assemblés en volumes globulaires, l’artiste compose des paysages sculpturaux denses, faits d’unités closes évoquant des bulles relationnelles. Ces formes, à la fois organiques et systémiques, fonctionnent comme des métaphores des sphères sociales contemporaines : espaces de protection autant que d’isolement, lieux où se négocient visibilité et dissimulation, vérité et récit fragmenté. La répétition du geste, l’accumulation patiente des modules et la charge historique du textile inscrivent le temps, la mémoire et la circulation des récits au cœur même de la matière.
Le travail d’Ange Dakouo prolonge cette réflexion à travers une approche plus méditative et réparatrice de la surface. Utilisant le papier journal, le carton et le fil, l’artiste compose des œuvres modulaires faites d’amulettes et de grigris assemblés, où chaque unité symbolise un individu et l’ensemble une communauté. La fragilité apparente des matériaux contraste avec la solidité de la forme collective, affirmant une vision de la vulnérabilité comme condition de la solidarité. Les variations chromatiques du noir au rouge, puis au blanc , dessinent un parcours symbolique allant de la turbulence à la plénitude, faisant de l’œuvre un espace de protection, de mémoire et d’espoir partagé.
Avec Adjei Tawiah, la surface picturale devient un lieu d’incarnation. Par l’usage singulier de l’éponge comme outil de peinture, l’artiste construit des portraits où la matière s’accumule, se presse et se stratifie, conférant aux figures une présence presque sculpturale.
Le visage n’y est jamais une simple apparence : il devient une surface sensible où se déposent les couches de l’histoire, de l’expérience et de l’identité en devenir. En opposition à la fluidité de l’image numérique, la peinture de Tawiah revendique une physicalité affirmée, où la figure humaine se tient dans un état de tension féconde entre intériorité et monde extérieur.
Enfin, Aidan Marak (Nadia Karam) investit la surface comme un espace de parole et de friction politique. À travers des œuvres mêlant peinture, collage et fragments de texte, elle confronte le regardeur à une accumulation de signes qui troublent la lisibilité immédiate. Le langage y apparaît fragmenté, parfois entravé, révélant les tensions entre expression et censure, visibilité et effacement. La figure féminine, centrale dans sa pratique, devient un point de résistance, portant les enjeux contemporains liés à la liberté d’expression et aux féminismes africains émergents.
Réunies dans l’espace du stand, ces œuvres dessinent une constellation de pratiques relationnelles, où la surface agit comme un lieu de contact, de négociation et de transformation. Ensemble, elles proposent une vision de l’art contemporain africain qui pense la matière comme un langage vivant capable de rendre visibles les liens, les fractures et les possibles recompositions du réel. Loin de toute essentialisation, cette sélection affirme l’art comme un espace de dialogue sensible, où la fragilité devient force et où la forme se fait lieu de coexistence.
